Du jeu à la gamification : la duperie

Le début du XXIème siècle voit apparaître un nouveau concept, une nouvelle manière d’appréhender notre vie civilisée, la gamification.

Dérivée du mot anglais “Game”, on nous explique qu’après 10000 ans d’apprentissage de la civilisation, nous, humains, allons enfin entrer dans l’ère du jeu. Nos tâches obligatoires vont devenir de plus en plus ludiques, là où l’on distinguait le Travail des “Hobbies”, il ne va plus rester que du jeu sérieux “Serious Gaming”, et tout cela grâce à la “Gamification” de nos activités.

C’est évidemment un moyen frauduleux, imaginé par les plus opportunistes d’entre nous, pour vendre comme une innovation un concept vieux “comme mes robes” (dirait Hérode).

Tous ceux qui ont tenté de dater dans notre calendrier préhistorique l’apparition du jeu se sont lourdement fourvoyés. Si l’usage des osselets date de l’Antiquité en Lydie, qu’ils seraient les ancêtres des dés à jouer, que les premières cartes à jouer viennent de la dynastie Tang au début du VIIème siècle en Chine, ces inventions ne sont que des outils pour servir le jeu mais ne déterminent pas sa genèse.

En effet, le jeu n’est pas le propre de l’Homme. Le jeu est le “je” est le principe d’imitation est la faculté d’emprunt d’un paraître, d’un comportement aux choses, aux êtres vivants à travers la perception de son environnement. Nous nous nourrissons, nous grandissons, nous nous développons, nous évoluons grâce au mimétisme inspiré des êtres et des choses qui nous entourent.

Sans cette faculté, il n’y aurait pas de vie.

game manette jeu

Nos enfants reflètent d’ailleurs la preuve de ce “jeu”. Ils apprennent à marcher en observant les grands, ils répètent nos mots pour développer leur langage, ils rejouent dans leur chambre les scènes de la journée passées avec leur maître ou leur maîtresse, ils réinventent avec leurs camarades les histoires qu’ils ont crues comprendre des adultes, ils nous testent, nous défient, nous irritent, nous font rire pour découvrir de nouveaux comportements à imiter.

Les anglo-saxons distinguent le jeu = Play, du jeu = Game comme si l’un n’était que sérieux et l’autre exclusivement récréatif… C’est superbement ignorer que je peux m’ennuyer dans une partie de Scrabble avec tata Jacqueline alors que je suis proche de l’orgasme à développer le dernier Candy Crush avec feu Steve Jobs sur un iPhone !

Pour contredire les réfractaires qui m’opposeraient : “Et travailler à l’usine en 3×8, c’est un jeu peut-être ? Qu’est-ce qu’on se marre !”, je leur répondrais assurément: “C’est un jeu effectivement, un jeu… de rôle où chacun vient chercher la reconnaissance de son existence (sa raison d’être comme dirait un chanteur)… Peut-être ne suis-je pas assez bien né pour être le PDG de l’usine, ni doté des talents de l’ingénieur qui a imaginé cette voiture sur la chaîne de production, mais je retire la satisfaction que les boulons des roues de chaque “lamborghini” qui sort de l’usine, c’est grâce à mon jeu de mécanicien de tous les jours !”. Car attention, le jeu n’est pas toujours “d’rôle” !!! Nous avons tous besoin de jouer un rôle parmi nos pairs… sans quoi notre existence ne tiendrait même plus par un fil (et nous savons comment finissent ces gens).

Tout cela pour dire que la “gamification” (ou ludification) ça n’existe pas ! Nous jouons tout le temps, dans toutes nos activités et depuis toujours, même si ce n’est pas toujours “Fun” !

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